Le Diable au cimetière d'Athus

 

En ce temps-là, afin de meubler les longues soirées d'hiver, les gens du village se retrouvaient à la veillée, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. On y discutait de tout et de rien et cela ne pouvait que resserrer  les liens d'amitié et de solidarité qui unissaient tout le village.

L'ambiance de ces veillées était extraordinaire. Cela se passait à la lueur  d'une bougie ou du feu de l'âtre. Les ombres projetées sur les murs en silhouettes fantastiques se tordaient, dansaient ou prenaient des formes étranges au gré des flammes pétillantes du foyer ou de celles de la bougie. On parlait parfois de choses sérieuses et des problèmes rencontrés. Parfois on chantait en goûtant au plaisir des choses simples. Parfois aussi on racontait des histoires qui faisaient rire ou frissonner.

Après  la veillée, chaque groupe, éclairé par une lampe tempête dont il s'était muni, reprenait le chemin de sa maison dans toutes sortes de dispositions d’esprit, déterminées par les discussions  de la  soirée. L'ambiance aidant, les ombres de la nuit devenaient plus suspectes et le moindre bruit non identifié faisait battre les coeurs.

A plusieurs reprises déjà, en passant, les personnes de ce groupe avaient entendu, de-ci de-là près de diverses tombes, des bruits furtifs inexpliqués. Pire encore, elles avaient vu les yeux lumineux des esprits de certains morts qui, sortant la tête du sol, les regardaient passer.

Très impressionnées, elles avaient renoncé à passer par là. Elles prenaient maintenant le chemin qui longe le champ de l'éternel repos. Pourtant, un soir  de pleine lune, elles devaient connaître l'émotion de leur vie.

Soudain, à quelques mètres d’elles, le diable se dressa derrière le mur du cimetière. Il avait pris la forme d'un bouc et en appuyant ses mains sur le mur, il regardait le groupe avec des yeux flamboyants, comme s'il repérait ses victimes. Bien sûr, chacun prit les jambes à  son cou et disparut dans la nuit. Certains affirmèrent même avoir nettement perçu comme une odeur de soufre.

Au cours de la veillée suivante, il ne fut question que de cette aventure extraordinaire. Des esprits forts affirmèrent avec conviction que les   bruits entendus étaient provoqués par le vent qui, en passant, faisait vibrer imperceptiblement les garnitures des tombes. Les yeux qui brillaient dans la nuit ne pouvaient être que ceux de quelques minets du voisinage qui, la chose est bien connue, aiment se réfugier  le soir dans l'ombre des endroits tranquilles, à l'affût de l'une ou l'autre souris. Quant au diable, ce ne pouvait être que le bouc du père Denis qui, échappé de son enclos était  allé batifoler au cimetière. En enttendant du bruit, il se sera dressé en appuyant ses pattes de devant sur le mur, pour regarder curieusement ceux qui en passant troublaient le profond silence de la nuit. Pour ce qui en était de ses yeux flamboyants, tous les animaux brillent d'une étrange lueur verte. Pour le reste, ce n'était que de la suggestion.

Tout le monde se rangea à cette explication avec plus ou moins de réticence et on en rit beaucoup ce soir là cependant personne n'alla jamais vérifier la chose. Les intéressés, prudents firent dorénavant un détour pour rentrer chez eux après la veillée.

Aujourd'hui encore, lorsque l'on est obligé de passer la nuit à travers le cimetière d’Athus, on est impressionné et  même si le chemin est éclairé, que le diable ne se matérialise plus et que le bouc du père Denis est crevé depuis belle lurette, on évite ce passage autant que possible.

 La légende est tirée du livre : "Histoires et Légendes du Pays d'Athus" écrit par Aimé Boterberge