A propos du 50e anniversaire du R. Sporring Club Athusien 

            Vers le début de ce siècle, M. l'abbé Becker, alors jeune vicaire à Athus, initia quelques jeunes athusiens au football qui venait de prendre naissance à Arlon, sous l'impulsion de quelques élèves de l'Athénée et plus précisément sous la direction d'un jeune anversois, fraîchement entré à l'Internat de cette école, avec un ballon de football dans sa valise.

             Au récréations, toute l'école se passionnait pour ce jeu qui eut, bientôt, plus de candidats que d'élus.

             Dès lors, à l'aide d'autres ballons, pas nécessairement orthodoxes, le jeu prit possession de la rue et, plus tard, des prairies.

             A  Athus, c'est du Patronage que partirent les premiers shots.

             Et comme l'église n'était pas bien loin, ce furent les vitraux du chœur de l'édifice qui furent les premières victimes de shooteurs débutants et malhabiles au grand dam de M. le curé Eischer, chef de la paroisse. Celui-ci comprit cependant rapidement que cette nouvelle passion des jeunes serait irréversible et au lieu de défendre ces ébats devant la Maison de Dieu, il se contenta de protéger les vitraux par un grillage. Et ce grillage est toujours en place à l'heure actuelle !

             Cette passion pour le football s'avéra cependant fort contagieuse et, rapidement, elle atteignit les autres quartiers du village et les premiers matches, rue contre rue ou quartier contre quartier, s'organisèrent.

             Enfin, des clubs de village furent fondés un peu partout et, à Athus, les jeunes fondèrent l'Union Sportive Athusienne, dans le but de rencontrer les équipes des villages voisins, voire celles du Grand-Duché ou les françaises de la Meurthe-et-Moselle.

             Le football a donc été pratiqué à Athus depuis plus de 50 ans, mais, en fait, officialisé, en 1922 par l'affiliation de la Jeunesse Sportive Athusienne à la Fédération.

             Pas mal de faits intéressant les deux clubs athusiens au début de leur fondation étant mal connus du jeune public, nous croyons bien faire en évoquant, ici, ce que furent leurs débuts et ce jusqu'à la deuxième guerre mondiale.

             Les faits relatifs à l'après-guerre sont évidemment mieux connus jusqu'en 1958, date à laquelle les deux clubs athusiens de l'époque unirent leurs destinées pour le meilleur et le pire.

             Ceux qui ont vécu la vie intime du R. Sporting depuis cette époque peuvent assurer combien cette fusion a été une réussite sur le plan humain.

             Sur le plan sportif, cela n'a sans doute pas donné ce que tout le monde en attendait, car il faut bien l'avouer, on attendait trop

             En effet, dirigeants, joueurs et supporters (ces derniers surtout) s'attendaient, dès le début de la fusion, à un rush... vers la Division III Nationale.

             Ce qui est certain, c'est que les deux clubs athusiens, dans leur constitution antérieure, étaient voués à la disparition, ni l'un, ni l'autre, ne pouvant supporter les charges financières venues se greffer sur l'exploitation d'un club après-guerre.

             Il ne faut pas oublier, en effet, qu'une saison en promotion coûte plus d'un million et que les recettes des matches atteignent à peine la moitié. Et que le demi-million qui manque doit être trouvé par les dirigeants, lesquels restent et resteront toujours le plus bel exemple d'amateurisme qu'on puisse concevoir.

             Mais revenons au premier club athusien, affilié à la Fédération belge (U.R.B.S.F.A.) et voyons comment se passèrent les premières années de son existence difficile.

             A cette époque, donc en 1920, il existait toujours un club de football à Athus et en l'occurrence, l'Union Sportive Athusienne, non affiliée à la Fédération et qui vivotait en jouant de temps à autre une rencontre amicale avec les clubs voisins.

             Et comme dans beaucoup de familles, il y eut, à un moment donné divergence d'opinion entre certains dirigeants et surtout dans le chef de M. Edouard Majerus, trésorier de l'Union Sportive. Il quitta donc son club, avec quelques joueurs connus, tels les frères Talbot et fondait un nouveau club : la F.C. Jeunesse Sportive Athusienne, lequel évolua tout d'abord à la frontière.

 

          Le 22 janvier 1922, l'U.R.B.S.FA. s'intéressa au Luxembourg et organisa à Arlon, sous la présidence de M. Verdijk, secrétaire général, assisté de M. Barette du C.C.A., la première réunion des clubs du Luxembourg, désireux de s'affilier à son organisation M. E. Majerus assista à cette réunion et fut nommé membre du C.P.

 

          Des championnats régionaux furent immédiatement organisés avant la fin de la saison 1921-22, sous le contrôle du C.P. Luxembourg et celui de la région de Saint-Léger fut remporté par le F.C. Jeunesse Sportive Athusienne. Cela lui valut de prendre part à un embryon de championnat provincial 1922-23, disputé entre les vainqueurs des championnats régionaux, dont sortit victorieux l'Olympic Club Arlonais, la Jeunesse Arlonaise ayant été admise, à l'intérieur, dans le Brabant même, à divers tours finals de Division II provinciaux et interprovinciaux, ce qui lui valut d'ailleurs l'honneur d'accéder à la Division Promotion pour la saison 1924-25.

          La Jeunesse Athusienne parcourait son petit bonhomme de chemin en Division II provinciale, lorsque, en 1924, l'Union Sportive Athusienne cessa toute activité et, tout naturellement, ses bons joueurs, dont J. Cordonnier, F. Bauler, V. Mombluet, V. Altzinger, M. Frey et R. Gérouville intégrèrent les rangs de la Jeunesse, pour former, enfin, une équipe capable de jouer le titre. Et ce fut le cas, au cours de la saison 1926-27. Tout au long du championnat, Athus, évolua en tête de la compétition pour se faire rejoindre, hélas ! au dernier match par l'Excelsior de Virton. Un test-match, disputé à Arlon, devait désigner qui jouerait en Promotion au cours de la saison suivante. Athus, qui avait battu Virton à l'aller et fait match nul à Virton au retour, était grandissime favori.

          La Jeunesse Athus alignait l'équipe suivante : Olsem, Gérouville et Talbot F., Vaillant, Grimberger et Bodlet, Robert, Haerden, J. Talbot, A. Louis, Holper.

          Hélas ! le match fut faussé dès le début par un arbitrage tatillon, voir partial, quoique le C.A.P. avait fait appel à un arbitre d'une autre province.

          Le rapide Hector Poncelet, souvent en position hors-jeu allait fusiller le bon keeper Olsem, comme il le voulait et la partie se termina par 6 à 1 en faveur de Virton.

          Mais tout ne fut pas terminé au coup de sifflet final, car l'arbitre eut maille à partir avec les supporters et joueurs athusiens et l'épilogue survint devant le tapis vert, avec pour seule, grande et injuste victime, Antoon Haerden, radié à vie, et, à cette époque, radié à vie signifiait réellement à vie et non 3 ans comme maintenant. Et le pauvre Antoon, brillant joueur, ayant tout l'avenir devant lui dut se contenter de suivre, pendant le reste de sa vie, les matches en spectateur. Il ne quitta cependant pas son club tout à fait, et continua à se dévouer à d'autres tâches.

          Le championnat suivant devait s'avérer très difficile : échouer aussi près du but avait entamé le moral de pas mal de monde : des dirigeants s'éclipsèrent et certains joueurs raccrochèrent, en attendant.

          Le meilleur joueur de l'époque était, incontestablement, le keeper Olsem. Sélectionné, au début de la saison 1927-28 pour jouer en équipe représentative du Luxembourg (équipe formée de 9 joueurs arlonais, de Olsem et de Poncelet de Virton) contre l'équipe similaire de la Province de Namur en Coupe de Belgique (laquelle se disputait, à l'époque, entre provinces), Olsem, après un match remarquable, à Namur, fut chouchouté par les dirigeants arlonais accompagnant la formation luxembourgeoise et, en rentrant à Athus, déclara à ses dirigeants qu'à l'avenir il jouerait à Arlon ou ne jouerait plus ! Et il ne joua plus !

          Le championnat se termina dans l'indifférence générale et était remporté par la très faible équipe du F.C. Saint-Louis Bouillon, laquelle ne récolterait d'ailleurs pas un seul point en promotion.

          A  Athus, on s'était cependant repris et formé un comité plus solide sous la présidence effective de M. Lefort, Ingénieur à l'Usine d'Athus, et la présidence d'honneur de M. Soyeur.

          S'il n'était pas encore question, à l'époque, d'engager un entraîneur, un joueur venu d'Arlon, Menni Tosquin, allait cependant donner un élan nouveau à l'équipe. Les joueurs, en froid avec le football depuis les incidents d'Arlon, rentrèrent au bercail et le championnat 1928-29 s'annonçait sous les meilleures auspices. Les premiers résultats furent encourageants, mais, vers la mi-championnat, les clubs de Marche prirent le dessus et la Jeunesse, une nouvelle fois, fut contrainte de se contenter de la deuxième place.

          Cette Promotion, tant enviée, ne viendrait que plus tard... c'est-à-dire lorsque le club athusien aurait reçu des renforts de l'extérieur. Ce fut le cas pour la saison 1930-31 où R. Delgrange, Tosquin I vinrent renforcer le club. Le championnat fut gagné avec maîtrise et, avec courage et confiance, on s'embarquera pour la Promotion, où il faudra cependant se contenter, en fin de saison de 3 petits points, l'Union Hutoise remportant la palme.

          Le rythme de la promotion allait cependant permettre à la Jeunesse de remporter le championnat provincial 1932-33 avec une grande facilité et entamer la saison 1933-34 avec de grandes chances de maintien, Ce contrat fut presque rempli, puisque, fin de saison, le club athusien comptait 22 points, occupait la 12e place, mais hélas ! première place descendante. Le champion Montegnée, avait néanmoins été battu sur son terrain par les vaillants Athusien

 

          En 1934-35, le sort fut moins favorable à Athus, dépassé en fin de saison par Virton.

          Virton et Arlon en promotion, la saison 1935-36 ne pouvait presque pas échapper aux athusiens et cela fut fait sans bavure.

          Malheureusement, 2 années en provinciale cassent le rythme et dès lors la nouvelle adaptation en promotion s'avéra très difficile pour la saison 1936-37. Seize points et la 13° et avant-dernière place furent le lot à la dernière journée, championnat remporté par le Sporting Club de Charleroi... devant la Jeunesse Arlonaise.

          1937-38 fut un nouveau cavalier seul d'Athus en provinciale, mais avec une équipe qui avait perdu, entre­temps, sa vedette R. Delgrange. Aussi la saison suivante en promotion fut un véritable calvaire, puisque les athusiens devaient se contenter de 3 points à l'issue de l'ultime journée.

          Ce championnat devait être le dernier disputé avant la guerre, car quelques temps après, la plupart des joueurs furent mobilisés et le championnat de Belgique supprimé.

          Quant au Saint-Louis, il fut fondé le 10 mai 1926 par M. l'abbé E. Crémer, vicaire à Athus, à la demande de quelques jeunes gens, principalement étudiants, faisant partie, au Patronage, de la Croisade Eucharistique.

          Dans l'esprit de M. l'abbé Crémer, il devait s'agir d'un tout petit club, qui ne serait formé que d'une seule équipe, laquelle jouerait dans une division réservée aux « scolaires ». Il fallut dès lors en exclure, ou du moins laisser sur la touche, tous les affiliés âgés de plus de 16 ans, première source de difficultés.

          De plus, par erreur, la Fédération inscrit dans ses registres, ce club dans la rubrique « club d'enseignements », ce qui n'était évidemment pas le cas.

          Il disputa dès 1926 un petit championnat avec d'autres équipes d'âge, avec l'équipe suivante : R. Frey, Delstanche et Louis, Ernens, Becker et Invernizzi, Madame, Lamesch, Pauly, Bressard et Martine

          Ce championnat étant cependant trop peu fourni, le C.S. Saint-Louis s'inscrivit, l'année suivante, en Division III Régionale et de ce fait tout le monde pouvait jouer et notamment E. Ney, écarté de la première formation parce que trop âgé... alors qu'il en était le capitaine. Des plus jeunes aussi firent leurs premiers pas footballistiques : tels, F. Lommel, Ries I-II-III, Ernens II et III, Bintz et, un peu plus tard, parce qu'ils n'avaient pas encore l'âge d'affiliation, mais passant le plus clair de leur temps au terrain : A. Wagner et H. Vanmechelen. Ils deviendraient très bientôt les vedettes à part entière du Saint-Louis, le­quel évoluera, avec des fortunes diverses en Division III jusqu'en 1932, année où il fut doté d'un comité plus fourni et plus dynamique.

          Il gagna son championnat sans perdre un seul point et joua constamment les premiers rôles en Division Provinciale où, avec la J.A. la Jeunesse Athus et Excelsior Virton, il pouvait être considéré comme tête de série.

             N'ayant cependant aucune politique de transferts à l'époque, il lui manquait, chaque année, le joueur capable de le propulser à l'étage supérieur. Et il lui fallut le premier championnat d'après-guerre pour faire cavalier seul en Provinciale et remporter le titre sans avoir perdu un seul point et pouvoir ainsi rejoindre l'autre club athusien en Promotion.

             Il disputera deux championnats dans cette division : ceux de 1946-47 et 1948-49. Jouant pratiquement sans renforts, il n'était pas possible de conserver pied dans cette catégorie et, chaque fois, les Saint-Louismen doivent se résigner à redescendre en Provinciale.

             Là ils partent très souvent favoris, mais hélas ! c'était l'époque où d'autres clubs de la province fai­saient appel, en masse, à des joueurs chevronnés de Bruxelles et d'ailleurs et, chaque fois, les athusiens en furent pour les frais.

             Cela dura jusqu'en 1958, date à laquelle des dirigeants courageux comprirent que pour sauver tout le football athusien, il fallait réunir toutes les forces de la cité. C'était certes la meilleure solution et si elle n'a pas encore produit tous ses fruits à l'heure actuelle, nul doute qu'elle les produira un jour. 

                                 
             
Je m'en voudrais cependant de terminer cette déjà longue histoire du football athusien, sans rendre un hommage de reconnaissance aux pionniers de la première heure.

             Car pour faire du football ce qu'il est aujourd'hui, il en a fallu du dévouement         

             Il ne faut, en effet, pas oublier que, partout, les parents étaient des adversaires résolus du football. De plus, l'on conçoit d'autant mieux le dévouement, l'abnégation, la persévérance, dont ont fait preuve les premiers dirigeants, lorsqu'on considère les moyens limités dont ils disposaient.

             Et pourtant, malgré les humiliations et les affronts auxquels ils étaient en butte, cette poignée d'hommes menèrent leur tâche à bonne fin.

             Eux-mêmes, sans doute, ne pensaient pas que le football prendrait, un jour, une extension aussi prodigieuse.